Présentation

Samedi 21 juin 2008 6 21 /06 /Juin /2008 23:30


Suite à ce texte : "SLR t'appelle... 
Mr Trautmann a répondu :



Bonjour

J'ai mis votre texte sur le site.

Je comprends votre amertume, mais je ne crois pas qu'opposer précaires et titulaires puisse apporter la moindre solution.

La solidarité, oui (même si elle est, hélas, bien rare). La division, non.

Bien cordialement

Alain Trautmann




 
La solidité d'une chaîne dépend de son maillon le plus faible...


Mr Trautmann, j'ai grand respect pour votre travail et pour votre action; néanmoins je crois que vous ne comprenez pas notre amertume. Notre, car nous sommes très nombreux, à avoir marché avec vous et à ne plus le faire. Cela se sent très bien dans la mobilisation (et cela n’a pas échappé au pouvoir en place).

Vous ne pouvez pas comprendre ce que vous ne vivez pas (depuis et pour des années)…  

L’impossibilité de vivre d’un travail qui nous prend entièrement nos vies familiales et sociales.


La quasi-impossibilité pour les femmes de faire des enfants sereinement avant d’être recrutées. Je vous passe les histoires sordides (suicides et autre) inutile de faire pleurer dans les chaumières.

Pensez seulement, en tant que scientifique-devant-faire-ses-preuves (pendant 10 ans, parfois plus) à l’obligation de donner la paternité de travaux aux rois UBU des labos, se taire sur le plagiat, la désinformation sur les risques sanitaires, la fraude scientifique, ou les mascarades scientifico-
académiques, l’obligation d’avaler toutes les couleuvres, ces humiliations en échange de médailles en chocolat. Monsieur, par solidarité, avez-vous déjà vécu de défraiements, de cartes de photocopies et de livres gratuits ? Imaginez-vous seulement la peur que nous pouvons ressentir à vieillir dans ces conditions…? Ce ne sont pas des invectives personnelles, mais c'est notre réalité.

Ces choses et bien d'autres durent, vous les avez peut être connues en votre temps mais croyez nous, ce n’est pas une bohème ou une initiation surtout quand 
ces situations durent des années dans les conditions que nous vivons jour et nuit…

De l’intérêt “d’opposer” titulaires et précaires : AUCUN, je suis bien d’accord avec vous.  

Cependant, vous en conviendrez que la plupart des titulaires acceptent que nous fassions le même travail qu’eux (voire bien plus) pour des promesses, rien, et finalement si peu.

Certains titulaires ignorent ou feignent franchement d’ignorer qu’un grand nombre de précaires travaille à leurs côtés depuis des années.

Certains « militants » de la cause de la recherche sont des mandarins et se fichent éperdument du sort de leurs petits thésards, ou post doc, ATER à mi-temps et autres intermittents de la recherche.

Nous sommes sous la coupe de ces gens qui laissent la sélection académique se faire bonant malant sur concours d'allégeance à leur petite personne.

Les mouvements de chercheurs n’évoquent que très rarement et plutôt en fin de tract le sort des précaires, c'est un peu court après 4 ans... 
 


En 2004, il y avait beaucoup de précaires dans la rue (jeunes et vieux). Nous avons marché pour vous. Comment expliquez-vous aujourd'hui la quasi-absence des précaires dans votre mouvement ?



Manque de solidarité. Que s'est-il produit en 4 ans ? Combien parmi ceux-là sont encore en grande précarité ? Nous sommes trop 
invisibles, inaudibles, inconsistants, trop mobiles d'un lieu et d'un espace du savoir à l'autre. Aucun syndicat ou asso si respectable qu’il puisse être ne nous défendra… Alors nous venons simplement vous rappeler ce hiatus entre ce que vous prônez "pour la recherche" et la manière dont les titulaires seniors administrent leurs labos depuis des années. 

Suite à 2004, vous, nos chefs, avez accepté des crédits de la nouvelle ANR. Combien de mandarins de toutes les démissions administratives et pétitions de principe ont capté des places dans cette "chose" ? Combien se sont arrangé entre amis pour faire monter leurs carrières individuelles sur la base d'appels d'offre rédigés par des précaires ? Combien siègent au CNU ou à la CPU à présent, ou servent d'experts ad-hoc au gouvernement ? Combien d'entre eux sont restés silencieux face à la LRU, ont accepté il y a quelques mois de participer aux mascarades entre-soi, de la toute fraîche AERES ? Qui accepte le plan CAMPUS financé par la privatisation de EDF ? En somme, qui doit-on sauver, certains de ceux qui nous oppriment ?  

Pire encore, certains mandarins et autres opportunistes à courte vue anticipent et se frottent les mains. Ils comprennent très bien que les dérogations de droit privé qui leur permettront de créer de petites filiales bien juteuses, toutes prêtes à suivre les financiers donneurs d'ordres. Ces gens formés sur dénier public par et pour le service public. Devons-nous encore leur servir de marche-pied par solidarité.

Alors je vous pose la question. Si demain le CNRS n’est pas démantelé, l’université n’est pas privatisée, que l’enseignement secondaire et primaire sont restaurés, en somme que les engagements régaliens de l’états sont pérennisés et respectés, pensez-vous que les titulaires resteront mobilisés pour nous ? Non, car une partie de nos intérêts divergent, beaucoup de titulaires dépendent du travail gratuit des précaires, beaucoup de précaires connaissent les "petits arrangements" de leurs patrons titulaires. 

Aussi, les contractuels le resteront, profs auxiliaires de remplacement, pigistes de la recherche, les précaires de toute sorte continueront à faire tampon. Nous n'en serons pas satisfaits, car justement nous sommes solidaires mais pas seulement des chercheurs. La solidarité n'est pas à sens unique... L'information doit sortir. On ne peut pas prétendre sauver la recherche sans s'occuper en priorité de cette honte qu'est l'académie (avec ses esclaves pour la cause, ses concours notoirement bidons au CNRS et dans les facs, l'exploitation dans les labos mais aussi dans les médias et la culture). On ne peut pas prétendre à donner des leçons de solidarité et d'ouverture quand on accepte le culte de la concurrence et l'hyper-spécialisation comme credo de formation des chercheurs tout en pérorant sur la collaboration et l'ouverture...

À moins que par solidarité vous ne vous engagiez clairement dans ce sens, en commençant à causer avec les précaires qui sont peut-être chez vos collègues, chez vos éditeurs, chez les journalistes qui viennent vous interroger. En nous aidant à sortir de l'anonymat sans risquer de perdre le peu ou le pas grand chose néanmoins vital.

Concrètement, dans le secteur de la recherche par exemple :

Pourquoi ne pas intervenir pour les docteurs et doctorants étrangers en France qui connaissent des situations incroyables. Il y a aussi des sans papiers en troisième cycle. Alors, pourquoi ne pas exiger la fin du décret n° 87-889 du 29 oct. 1987  qui interdit les postes temporaires aux chômeurs de troisième cycle ou docteurs de plus de 28 ans et les réserve aux titulaires ou déjà en poste ? Vous savez que ces deux seules situations entraînent des abus et injustices en cascades (usage de faux contrats de travail, népotisme, marchandages des heures au noir avec des précaires, et là encore il y a bien à dire…). 

En ce qui concerne les doctorants, pourquoi ne pas revendiquer (pas seulement en pétition) la fin du travail au noir des doctorants et post-doctorants sous forme de libéralités (bourses) sans droits, sans sécurité sociale ?

En somme, pourquoi ne pas commencer par nous défendre en comprenant bien que nos positions de faiblesse extrême vous affaiblissent tous comme le maillon de la chaîne...

C’est donc très regrettable mais nous devons vous imposer notre solidarité et notre existence pour exister. Il ne s'agit pas seulement de nous, ni de nos amis. Tout cela va bien au-delà de la recherche et de l'académie, c'est de notre société qu'il s'agit.  Ces problèmes nous concernent et nous touchent tous parce que les savoirs et les technologies déterminent les orientations de la société et en alimentent autant les progrès que les catastrophes.

Bien cordialement,
Nous, précaires du/des savoir/s

PS J'ai également mis votre réponse sur le site…

Par TEXEROLAS - Publié dans : Billets d'humeurs voire d'humour ...
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Commentaires

Le lien de la pétition SLR ne fonctionne pas...
Commentaire n°1 posté par Anonyme le 25/06/2008 à 09h26
J'ai vu, je pensais que c'était mon navigateur.
Il faut donc s'adresser à SLR...

TEX
Réponse de TEXEROLAS le 25/06/2008 à 12h05
vu sur Bellaciao Texerolas, il faut bien comprendre que plusieurs "directeurs en colère" influents de 2004-2005 se battaient uniquement pour leurs intérêts en tant que lobbistes et patrons de labo. Ils ont cherché à influencer les précaires en leur fraisant croire que leur problème venait de l’existence des chercheurs titulaires, comme si la politique des multinationales (avec lesquelles ils travaillaient au quotidien) n’y était pour rien. A propos du "directeur en colère" Jean-Michel Claverie, il faut lire cet article du Nouvel Obs qui doit correspondre au lien fourni dans l’article d’Indépendance des Chercheurs de 2005 et qui a sans doute changé : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2054/articles/a235262-chercheurs_en_r%C3%A9sistance.html Voyage dans l’unité 2589 de Marseille - Chercheurs en résistance Dans cet article, Claverie se présente lui-même comme le directeur d’un laboratoire qui fonctionne avec des contrats de multinationales (Aventis, notamment) et avec du personnel précaire payé avec ces contrats. Ce genre de "directeurs en colère" ont été d’emblée contre la stabilité d’emploi des chercheurs. Ils s’en sont pris violemment au "chercheur à temps plein et à vie", et leur discours a influencé un certain nombre de doctorants et de post-doc : sans le statut de fonctionnaires, il y aurait plus d’emplois pour les "jeunes", etc... Il s’agit en réalité une approche très réactionnaire. C’est ce que reflète l’article de Science.
Commentaire n°2 posté par Anonyme le 25/06/2008 à 10h29
Lorsque j’écris : "ils ont cherché à influencer les précaires en leur faisant croire que leur problème venait de l’existence des chercheurs titulaires", c’est notamment sur la base de ce que j’avais pu directement entendre dans les manifs de 2004 de la part d’un certain nombre des jeunes chercheurs qui y défilaient. Certains directeurs de labo, présents également dans le mouvement de l’époque, disaient aux jeunes des choses du genre "je voudrais bien te trouver un poste, mais tu comprends, tout est pris par ces chercheurs titulaires à vie, c’est la faute au statut des chercheurs..." Mais la réalité est que le statut des chercheurs adopté en 1982-84 ne laissait aucune place à la précarité. Il a par la suite été tourné, peu à peu, depuis l’arrivée de Fabius en tant que premier ministre et par tous les gouvernements qui lui ont succédé. Les hiérarchies scientifiques ont joué pendant deux décennies un rôle important dans la mise en place de cette politique parallèle, que les lois votées depuis 2006 ont commencé à officialiser. Il faut savoir aussi que la titularisation des personnels de la recherche n’avait pas fait l’unanimité "à gauche" en 1982-84. Chévènement voulait titulariser uniquement les directeurs de recherche (anciens maîtres et directeurs). L’arbitrage favorable aux revendications des personnels aurait été rendu par l’alors ministre de la Fonction Publique, Anicet Le Pors. En 2004, Axel Kahn s’en prenait ouvertement, à la télé, au statut de "chercheur à temps plein et à vie".
Commentaire n°3 posté par Anonyme le 25/06/2008 à 10h31
Sympa les liens (qui marchent).
Commentaire n°4 posté par Alex le 25/06/2008 à 12h20
Alex,

 A priori ils fonctionnent tous sauf la pétition contre les "libéralités" sur le site SLR...
dommage, non ?
Réponse de TEXEROLAS le 27/06/2008 à 14h27
superbe texte Tex...Bravo!
Commentaire n°5 posté par a le 26/06/2008 à 15h47
merci "a"
:-)
mais j'aimerais bien faire quelque chose indépendamment de SLR, qui ne voit pas vraiment le problème que nous vivons...
Réponse de TEXEROLAS le 27/06/2008 à 14h28
Les revendications actuelles pour "sauver la recherche", ou plutôt, pour sauver les privilèges des chercheurs, restent sourdes aux besoins de la société. Aucune prise de responsabilité de la part des universitaires pour que les universités arrête de fabriquer des précaires et cause des suicides en masse. Toujours le même discours. Ils continuent a demander du fric et la création de postes, pour 2 ou 3 personnes la où les universitaires continuent à accueillir des millier d'étudiants qui prétendent à ces deux ou trois postes. Les autres prétendants, ils peuvent crever s'ils refusent de cirer les pompes des mandarins et des privilégiés. "Nous", la génération sacrifiée pour que les mandarins prennent leurs aises, devons continuer notre combats pour que ceux qui nous suivent ne soient pas envoyés à l'abattoir. Honte aux universitaires assassins et irresponsables qui envoient leurs étudiants et la société toute entière au fond du gouffre. L'histoire ne les oubliera pas.
Commentaire n°6 posté par anonyme le 27/06/2008 à 02h33
Cher Anonyme, l'Université ne prépare pas les étudiants uniquement aux métiers de la recherche. Contrairement à ce que vous dites, elle prépare principalement les étudiants à un métier. Les universitaires ne sont pas responsables du chômage actuel dû aux conditions politico-économiques. Nous les précaires de l'université nous luttons pour notre insertion officielle et à salaire égal (que les gens en poste) dans une institution que nous servons depuis bien longtemps et qui a de réels besoins.
Commentaire n°7 posté par MDel le 27/06/2008 à 10h34
merci pour la réponse Mdel rien à ajouter
Réponse de Av. le 09/07/2008 à 13h59
 
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