Présentation

Dimanche 6 juillet 2008


Par Henni

vu ICI


j’ai soutenu ma these de doctorat il y a plus de 6 ans. J’ai eu des ennuis de sante serieux, des circonstances personnelles difficiles, mais j’ai bosse dur, tres dur ces dernieres annees au point de sacrifier ma vie de famille en travaillant ces deux dernieres annees a 650 km du lieu de residence de ma femme et de mes jeunes enfants. J’ai subi et je subis toujours la tyrannie de vraies pourritures que sont les mandarins des labos.


Ma femme, jeune postdoc, s’est faite traitee comme une moins que rien dans son labo quand seule elle a du faire face a la coqueluche d’un de nos enfants qui l’a retenue quelques jours eloignee de son ordinateur. Le financement du projet de recherche qu’elle a elle-meme initie s’etant arrete brutalement, elle bosse gratos pour son labo et nous avons finance en grande partie les quelques conferences auxquelles elle devait assister. En resume, nous avons, comme l’ensemble des precaires, une vie professionnelle de merde qui n’est pas sans consequence sur notre vie de famille. Le metier de chercheur est difficile et exigeant, et nous comme l’aimons passionnement nous nous battons tous les jours pour ne pas craquer contre la stupidite et la mechancete gratuite de certains de nos collegues. En tant que precaire, soit on avale des couleuvres, soit on demissionne et on met sa carriere en danger. Des concours, j’en ai passe pas mal. J’ai ete auditionne et classe un certain nombre de fois, mais je trouve toujours frustrant de savoir que les des decisions sont prises bien en amont, comme par exemple dans mon groupe actuel ou le chef a decide que son thesard aurait le poste : le concours etait une vraie mascarade (a laquelle je n’ai pas participe) mais l’Etat francais recrute maintenant un fonctionnaire sur la base d’un concours bidon car c’est le fait du prince local. Mon medecin de famille a meme fini par me prescrire des antidepresseurs !


De l’energie j’en avais a revendre il y a quelques annees, mais vous comprendrez qu’a la longue, a force de me prendre des coups venant du monde de la recherche meme, ma combativite diminue de facon substantielle quand il s’agit de me battre pour le systeme actuel. Ma perception du mouvement SLR a change aussi : il y a 4 ans, j’etais impressionne ; maintenant je trouve que ce mouvement manque d’eclat et federe de moins en moins au sein de la communaute des chercheurs. Je ne doute pas que les membres de SLR et ses dirigeants consacrent du temps et de l’energie a faire du systeme francais un meilleur systeme, mais je rejoins l’analyse de Igor Babou quand il dit que les pseudo-negociations avec notre gouvernement se font en pure perte car ce dernier n’a fondamentalement que faire de vos positions aussi bonnes soient-elles.

 


L’energie que je mettrais dans ma combativite pour la defense du systeme de recherche francais si j’avais le confort d’un poste permanent, je l’investi dans les efforts que je consens a pratiquer mon metier dans des conditions minables pour un salaire somme toute derisoire. Comme je l’ai deja dit ailleurs, en tant que precaire, ce que j’ai l’impression de voir dans les yeux de certains collegues permanents lors de situations de tension au sein du groupe quand le big boss met la pression au precaire que je suis, c’est ce sentiment de satisfaction un peu coupable de ne pas etre a ma place, si bien decrit par les fameux vers de Lucrece commencant par "suave mari magno...".

 

 


Par TEXEROLAS - Publié dans : témoignages d'ici et d'ailleurs...
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